L’architecte de la vengeance – Tochi Onyebuchi

L’architecte de la vengeance est un roman sur la colère, sur la rage, humaine, que ressentent quotidiennement bon nombre d’êtres humains, noirs, afro-américains, mais aussi de celles d’autres minorités (bien que ce ne soit pas le sujet du livre). Je partage cette rage, moi, jeune femme blanche, caucasienne. Et pourtant, ma révolte intérieure n’est qu’infime face à celle de ceux qui vivent ces évènements au quotidien, dans leurs corps.

Merci Gilles Dumay d’avoir accepté ce Service Presse (en sus de celui qu’il me proposait). Coup de poing, coup de cœur.

Couverture du roman

L’architecte de la vengeance

Auteur : Tochi Onyebuchi (Traduction par Anne-Sylvie Homassl)

Paru aux Éditions Albin Michel Imaginaire en mars 2022. VO parue en 2020

Pages : 192

4ème de couverture

Ella a un don. Quand elle regarde un enfant, et avant que son nez ne se mette à saigner, elle sait s’il va devenir infirmier en gériatrie ou s’il va mourir avant l’âge de onze ans, étendu sur un trottoir, les yeux vers le ciel, fauché par l’incompréhensible guerre des gangs qui ensanglante son quartier depuis toujours. Pirus, Crips, Bloods… la violence a tant de noms à Compton. Quand Kevin, son frère, voit le jour en 1992, pendant les émeutes provoquées par l’acquittement des policiers impliqués dans l’affaire Rodney King, Ella sait déjà que sa famille va déménager de la Californie pour Harlem et qu’elle tiendra bientôt dans sa main sa première boule de neige. Mais quitter l’endroit d’où l’on vient ne permet pas toujours d’échapper à la violence et à l’injustice. Ella a un don ; pour elle, pour Kevin, pour l’Amérique, sans doute le temps est-il venu de l’utiliser.


Le thème musical de cette chronique est Killing in the Name du groupe Rage Agains The Machine. Si je l’utilise, c’est parce que ce morceau fait référence au point d’ancrage que l’auteur choisit pour son roman : Rodney King. Ce dernier, bien que souvent référencé dans la culture populaire (je l’ai encore entendu évoqué dans un concert de Gaël Faye ce weekend en festival), je ne connaissais pas son histoire. Cet Afro-Américain a été victime de brutalité policière, un an plus tard, l’acquittement des policiers impliqués dans l’histoire est le point de départ de grandes émeutes à Los Angeles, en 1992. C’est dans ce climat de sang, de fumées, de rage que naît Kevin l’un des protagonistes du récit.

Fresque d’une Amérique déchirée

Le roman se concentre sur Ella, grande sœur de Kevin. Ella a un don. Celui de pouvoir voir et ressentir, physiquement, psychologiquement le passé, le futur des gens qu’elle regarde, qu’elle touche. Ce don tout d’abord incontrôlable va la mener à l’exil, pendant que son frère grandit et tombe dans les travers qui menacent grand nombre de jeunes Américains noirs. Pour des broutilles Kevin va se retrouver en prison, pris dans la spirale vicieuse du monde carcéral. Alors Ella se demande : et si… Et si elle avait été là ? Et si elle avait pu éviter ce chemin à son petit frère ?

Le don est le réservoir qui se nourrit des regrets des choses qui auraient pu être, ne faisant qu’amplifier la rage d’Ella, face au traitement des afro-américains aux USA, de la corruption, de l’impassibilité des forces de l’ordre et de l’ignorance de ceux dont la seule tare est leur concentration de mélanines.

L’architecte de la vengeance est un cri violent, guttural, primitif de rage. L’auteur le fait encore plus transparaître avec les phrases et vérités qu’il assène. Courtes, acérées, justes. Il va à l’essentiel, n’utilise jamais un mot de trop. Saluons d’ailleurs la traduction d’Anne-Sylvie Homassel, qui j’imagine, traduit bien les mots dans la version originale Riot Baby.

À notre ère, pour les violences passées, en cours et à venir, L’architecte de la vengeance est un roman indispensable. Pour citer Nicolas de Just a Word : « une série d’uppercuts d’une rare violence qui tapent là où ça fait mal : au cœur ».

Le roman est suivi de deux courts essais qui ajoutent une dimension précieuse au propos de l’auteur. « On ne peut pas construire un monde sans parler de race » et « Sur la responsabilité de l’écrivain noir à l’heure des émeutes en Amérique ». Je vous en conseille vivement la lecture. Dernier point primordial soulevé ici : « Dans le domaine de la fiction spéculative, l’implicite est l’explicite. »

En résumé : Coup de poing, coup de cœur : L’architecte de la vengeance est un livre à lire à tout prix, il est important.


Et vous, qu’en avez-vous pensé ? Êtes-vous tenté-e ?

Défi 2022

Cette lecture s’inscrit dans mon défi 2022 pour la catégorie 16 : Avec une héroïne. Il peut également être attribué aux catégories suivantes :

  • Catégorie 06 : Un livre récent (publié en 2021 ou 2022)
  • Catégorie 28 : Un livre primé (World Fantasy Awards 2021 ; Ignyte Awards 2021)

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Une réflexion sur “L’architecte de la vengeance – Tochi Onyebuchi

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