Tau Zéro – Poul Anderson [Kube #3]

Si le mois dernier je vous disais que la beauté de la Kube était de faire découvrir des œuvres auxquelles je ne me serais pas intéressée autrement, cela se confirme cette fois encore. Malheureusement, ce ne sont pas toujours des pépites, c’est le cas aujourd’hui – et ce n’est pas grave, tout ne peut pas toujours nous plaire.

Pour octobre 2021, j’ai demandé : « Un livre de SFFF qui soit sympa, pas trop long, pas trop complexe. Bien que j’ai renseigné SF, de la Fantasy me convient également. VO ou VF« . Comme le mois dernier, et pour le mois de décembre (j’ai déjà reçu ma box), c’est Laura qui m’a sélectionné Tau Zéro – « un excellent one-shot de SF à l’histoire absolument géniale et mémorable » – selon son commentaire. Si des aspects sont intéressants, beaucoup d’autres m’ont déplus, me nant un sentiment final très ambivalent !

Tau Zéro

Auteur : Poul Anderson

Traduit par Jean-Daniel Brèque, illustré par Manchu

Parution VO (1970) – Initialement paru aux Éditions Le Bélial’ en juin 2012, Pocket Imaginaire pour la présente édition

Pages : 352

4ème de couverture

Terre. XXIIIe siècle. Cinquante astronautes, hommes et femmes, partent pour un impressionnant voyage : rejoindre l’étoile Beta Virginis, à trente-deux années-lumière de la Terre. À bord du Leonora Christina, ils s’apprêtent à effectuer la plus audacieuse des missions : coloniser une nouvelle planète. Mais leur périple ne se déroulera bien évidemment pas comme prévu, et les emmènera loin, beaucoup plus loin qu’ils ne l’avaient imaginé. Jusqu’aux confins de l’univers – et même au-delà.


Comment commencer une chronique sur un livre qui me laisse un sentiment si ambivalent… Pas facile, mais je vais quand même tenter. Mes excuses si parfois elle vous paraitra décousue, c’est mon sentiment général de ce récit.

Tau Zéro est un roman de science-fiction et plus spécifiquement de Hard SF, sous-genre que je n’avais encore jamais lu, et qui sur le papier à tout pour plaire à mon esprit scientifique (et c’est le cas ici !). Nominé au prix Hugo en 1971, il ne l’a pas remporté. Il s’agit également de l’un des nombreux écrits d’un auteur qui, semblerait-il, est un acteur majeur de la littérature SFFF américaine.

Le postulat du roman au final est assez simple : coloniser l’étoile Beta Virginis et y fonder une nouvelle civilisation. Mais cela requiert un nombre de facteurs physiques et astrophysiques conséquents. Pour cela, 25 hommes et 25 femmes sont sélectionnés dans cette mission au retour incertain.

Le premier tiers du roman se concentre essentiellement sur les relations interpersonnelles des membres de l’équipage qui à mon sens ressemble plus à un mauvais roman-photo tant les liens sont alambiqués, se font et se défont. Aussi, et c’est là que je pense que le roman a peut-être mal vieilli (où que ce sont mes combats personnels qui renforcent un biais), j’ai eu des difficultés avec la manière dont les équipières étaient décrites : par leurs attributs physiques. Les protagonistes masculins jamais ne sont décrits par la courbe de leurs hanches ou leurs bras musclés. J’avais un peu l’impression d’assister à une sorte de fantasme pornographique (et pourtant, je ne suis pas particulièrement prude). Le nombre de personnages présentés au départ n’a pas non plus aidé à faciliter ma compréhension. Vous l’aurez compris, c’est cet aspect là du roman qui tire vers le bas la qualité de la part Hard SF du roman.

À l’inverse des aspects précédemment mentionnés qui m’ont déplu, je salue la qualité et la rigueur scientifique qui nourrissent ce roman. Poul Anderson a fait un excellent travail pour retranscrire toutes les difficultés que présente un voyage interstellaire, et encore plus lorsque tout ne se passe pas comme prévu (bah oui, sinon on aurait eu un bouquin de 50 pages, pas très intéressant). Je trouve aussi qu’il retranscrit bien le poids psychologique que cette expédition impose à ses participants. C’est indéniable que des humains enfermés dans un huis clos à la destinée incertaine, ça impose un stress non négligeable. Surtout lorsque l’on sait que le temps s’écoule différemment que sur la Terre, qui a très probablement totalement disparu à la fin du périple.

Aparté peut-être, mais le nombre de membres de l’équipage me semble faible si la volonté est d’assurer une nouvelle civilisation qui ne souffre pas de défauts génétiques. D’ailleurs, selon les recherches d’un anthropologue américain, il en faudrait au minimum 160. Je vous laisse le lien de ma source (et j’admets ne pas avoir eu la foi de chercher la publication originale de l’étude).

La fin m’a paru aussi précipitée, particulièrement au vu de la lenteur que j’ai ressentie durant l’essentiel de ma lecture. Et puis le dénouement était trop facile à mon sens, surtout après ce que l’auteur m’a fait endurer. Et peut-être une forme de happy ending qui n’aurait pas eu lieu d’être dans un huis clos aussi sordide que celui-ci.

Edit du 01.12.2021. Suite au commentaire fort intéressant du traducteur que je vous invite à lire, je me suis souvenue que j’avais omis de mentionner l’excellente postface de Roland Lehoucq qui suit la fin du récit en tant que tel. Dans son même commentaire, il explique les raisons d’une fin si précipitée.

En résumé, un livre très intéressant au niveau scientifique, mais beaucoup moins au niveau des relations interpersonnelles des personnages qui pèse dans mon ressenti final.

Et vous ? Avez-vous lu ce roman ? Qu’en avez-vous pensé ?


Ailleurs sur la blogosphère : Les Chroniques du Chroniqueur, Les Blablas de Tachan


Nouveauté un peu rien à voir : J’ai désormais un compte Twitter où j’essaie d’essentiellement parler bouquin, mais impossible de ne pas parfois un peu y raconter ma vie !

Et en avant première, petit timelaps de mon unboxing de ma Kube de novembre avec comme livre : La fileuse d’argent de Naomi Novik.

3 réflexions sur “Tau Zéro – Poul Anderson [Kube #3]

  1. Jean-Daniel Breque

    Remarques fort justes et critique finalement équilibrée.
    Vous n’êtes pas la première à souligner les défauts du livre (« the characters tend to the soap-operatic », écrit la Science Fiction Encyclopedia), mais il faut le replacer dans son contexte. Il date de 1970 et, à cette époque, l’immense majorité des auteurs de science-fiction américains étaient obligés de faire court. Poul Anderson n’avait peut-être pas la place de construire des personnages et des relations plus développés. Par ailleurs, il tenait à présenter un échantillon représentatif de l’espèce humaine plutôt que de se limiter à des personnages uniquement américains; et comme cinquante lui semblait un nombre raisonnable, difficile de faire autrement que de recourir parfois à des clichés. Il a montré par ailleurs qu’il pouvait camper des personnages divers (le Batave Nicholas van Rijn, l’Antillais Philippe Rochefort, les colons français de « The Star Fox »..) et néanmoins complexes. A noter que le personnage-clé de Reymont est apatride.
    Mais sa vision des relations hommes-femmes est de son époque, je le concède.
    Dernière remarque:le rythme–précipité à la fin–du récit est voulu: il correspond à la vitesse de l’astronef, de plus en plus proche de celle de la lumière, et au décalage entre le temps propre des personnages et celui de l’univers qui se rétracte.
    Jean-Daniel Brèque
    PS: Roland Lehoucq, qui a validé ma traduction et postfacé le livre, utilise désormais celui-ci comme support d’une conférence sur le voyage supraluminique.

    Aimé par 1 personne

    1. Elwyn

      Wow ! Je ne m’attendais pas à recevoir un commentaire de votre part (ou de n’importe quel traducteur), vous m’en voyez touchée.

      Merci pour les précisions que vous apportez, c’est évident que les conditions de publications actuelles changent bien de celles de l’époque. Merci aussi pour l’explication quant à la vitesse de la fin, elle fait nettement plus de sens ainsi. Il est aussi intéressant que Roland Lehouq (dont la postface est d’un excellente qualité et m’a permis de pallier à mon manque de connaissances en physique/astrophysique) se sert de ce roman comme support de conférence.

      Je vais aussi aller voir du côté de « The Star Fox » pour ne pas faire un avis de son style sur un unique texte, merci de recommandation.

      En conclusion, encore merci pour votre précieux commentaire !

      J’aime

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